« J’en ai marre d’être journaliste. D’ailleurs, je ne suis plus journaliste. »
C’est ce que m’a confié un confrère, il y a bientôt neuf ans, au moment où il remettait sa lettre de démission. Pourtant, c’était un bon journaliste. Un très bon même. À ma question sur les raisons de ce départ brutal, sa réponse fut laconique : « Je vais tenter ma chance ailleurs. »
Quelques mois plus tard, j’apprenais qu’il avait été victime de menaces et d’intimidations. Depuis, chaque fois qu’un journaliste est agressé, harcelé ou humilié pour n’avoir fait que son métier, cet épisode me revient en mémoire.
Les deux journalistes de la Radio Bonesha FM et de la Radio Scolaire Nderagakura, arrêtés au marché de Kinama et brutalisés par la police alors qu’ils couvraient un sit-in organisé par des membres d’une microfinance en défaut de paiement, ne faisaient que leur travail. En exhibant leur carte de presse délivrée par l’organe de régulation, ils espéraient faire valoir leur qualité de journalistes reconnus. Comme si, désormais, il fallait toujours un alibi pour exercer ce droit fondamental…Pourtant, ces reporters furent rapidement accusés d’« insurrection » et de vouloir « perturber les élections ». Vraiment ? Merci au Conseil national de la communication, qui est intervenu rapidement pour obtenir leur libération.
Ces derniers temps, de nombreux journalistes sont victimes de menaces, d’agressions, d’intimidations ou d’insultes. Ces manœuvres visent à les rabaisser, à les humilier, à installer la peur — et donc le silence. Ces atteintes ne concernent pas seulement les journalistes, clairement pris pour cibles : c’est toute la société qui est affectée. Car l’intimidation, le dénigrement et la violence que subissent les professionnels de l’information ont un impact direct sur la liberté d’expression dans son ensemble. Pourtant, la loi sur la presse au Burundi garantit aux journalistes le droit d’accéder aux sources d’information, d’enquêter et de commenter librement les faits de la vie publique. Dans un État qui se veut démocratique, le droit des citoyens à l’information est censé être inaliénable.
Malheureusement, les auteurs de ces agressions ne sont jamais poursuivis par la justice, ni même interpellés ou condamnés par les autorités. Ce constat amer soulève une question essentielle : celle de la sécurité et de la protection des journalistes.
L’impunité dont jouissent les agresseurs porte gravement atteinte à la liberté de la presse au Burundi. Elle fragilise davantage encore les droits des professionnels de l’information. La violence impunie contre les journalistes constitue aujourd’hui l’une des menaces les plus sérieuses contre la libre circulation de l’information.
Les autorités et les leaders politiques doivent condamner publiquement, et sans équivoque, tous les actes de violence perpétrés contre les journalistes. La justice et la police doivent également prendre au sérieux chaque attaque contre la presse. Car, au fond, ce n’est jamais seulement un journaliste qu’on attaque, c’est son pouvoir d’informer. Et par ricochet, c’est la liberté d’un peuple tout entier qu’on cherche à museler.
Exercer le journalisme au Burundi est un sacrifice, il faut avoir une passion pour le métier. Il est risquant, mais c’est un métier noble qui éveille les citoyens. Aux journalistes, ne lâchez pas, l’histoire se souviendra de vous.
Mais quand on a lu cet article https://www.iwacu-burundi.org/des-exils-revelateurs/
Qu’est-ce qu’on peut attendre de plus.
Le courage et l’espoir finissent par fuir nos âmes.